Mis en avant

Introduction : Ecrire de manière efficace

Donner de la clarté au propos est plus important qu’élaborer le vocabulaire

Afin de faire connaitre vos résultats à la communauté scientifique ou au grand public, il est très important que votre article communique vos idées clairement. Après des années de travail de recherche et de synthèse, écrire est une étape charnière : c’est la mise en mot qui expose votre projet.

Ne soyez pas impressionnés. Si les publications que vous avez l’habitude de lire « sonnent bien », c’est que beaucoup d’yeux s’y sont posés. Vous n’avez pas besoin d’avoir fait d’études de littérature pour que votre papier soit beau et agréable à lire. Même avec peu d’expérience, vous vous découvrirez un talent à partir du moment où vous êtes passionnés par votre sujet et que vous appliquez quelques techniques de communication.

Cela peut sembler aller contre l’intuition, mais ne vous inquiétez pas au départ de l’élégance et du style de votre écrit. Dans le procédé d’écriture scientifique, cette étape s’apparente au peaufinage. Les beaux mots et tournures de phrases viendront ajouter une touche de sel au moment de l’édition. Si vous vous focalisez trop tôt sur la forme artistique de l’écrit vous risquez de bloquer d’oublier l’essentiel : chacune de vos phrases a pour but d’amener le lecteur à comprendre votre travail.

La tendance naturelle est de sur-travailler un texte en compliquant les tournures de phrases et en utilisant des mots inutiles. Une phrase à rallonge au mieux exprime un concept qui a du sens mais qui risque de rester incompris et, au pire, n’exprime rien du tout ! Prenez le temps de vous demander : « Qu’est-ce que j’essaie de communiquer ici ? ». Vous commencerez à pouvoir identifier certaines phrases problématiques. Vous serez sûrement surpris du nombre de fois où vous n’êtes pas sûrs du message que vous vouliez faire passer. Une bonne organisation de départ vous permettra d’améliorer rapidement votre texte et de le rendre efficace. Il retrouvera sa fonction primaire : amener le lecteur à la maitrise d’un concept.

Les types d’édition

L’édition scientifique est un vaste sujet. Vous trouvez difficile de comprendre quel service demander? Quelques notions de base vous aideront.

Il existe trois grande famille d’édition qui diffèrent en complexité :

La relecture


Il s’agit ici de corriger le manuscrit et de le débarrasser d’erreurs cosmétiques. Généralement l’étape de la relecture est la dernière étape de l’écriture d’un manuscrit, c’est aussi la catégorie d’édition la plus légère. Le texte ne sera ni réécrit, ni réarrangé. Souvent, un ami ou un collègue peut exécuter cette tâche, mais un œil professionnel peut éviter quelques coquilles (comme dans l’exemple ci-dessous)

Exemple :
Les enseignantes, Marie et Anna, sont parties. — Ici, Marie et Anna sont les enseignantes.
Les enseignantes, Marie et Anna sont parties. — Ici, Marie, Anna et les enseignantes sont parties.


L’édition de copie (copy editing)


La plupart des manuscrits passent par une édition de copie avant d’être soumis à la publication. Ce type d’édition requiert de la patience et une bonne compréhension des principes d’écriture. Il s’agit ici d’améliorer le style, le format et la justesse du texte. Ce type d’édition s’attèle à fluidifier la lecture. Trois types d’édition de copie existent : légère, moyenne et lourde.


Edition de copie (légère) 
Elle permet de vérifier la précision du texte et de corriger les erreurs grammaticales. Le travail consiste à améliorer la structure des phrases (par exemple, réécrire les phrases indirectes en phrases directes) mais celle des paragraphes demeure inchangée.


Exemple
Avant : Une meilleure gestion des employés est permise par une communication claire. Les dirigeants devraient, par conséquent, s’investir davantage dans l’apprentissage de méthodes de communication efficaces. 
Après : Communiquer clairement permet une meilleure gestion des employés. Par conséquent, les dirigeants devraient s’investir davantage dans l’apprentissage de méthodes de communication efficaces.


Edition de copie (moyenne) 
Ici, l’édition est plus importante. Elle améliore le flux et la précision du texte en le retouchant en partie. Le travail consiste à changer la structure de certains paragraphes en plus de celle des phrases.


Exemple
Avant: La chirurgie a considérablement changé entre les années 1850-1900. L’anesthésie a amené les chirurgiens à pouvoir pratiquer avec moins de rapidité et donc moins dangereusement.
Après: La découverte de l’anesthésie a considérablement changé les pratiques chirurgicales à partir des années 1850, amenant les chirurgiens à pouvoir pratiquer plus lentement et donc de manière plus sûre.


Edition de copie (lourde) 
Ici, l’éditeur restructure et reformule les phrases, les paragraphes, ou même des sections entières du manuscrit. C’est l’édition de copie la plus lourde. 


Exemple
Avant: Tous les dossiers ont été analysés et interprétés par des experts utilisant exactement les mêmes protocoles. Cela a été fait pour repérer les erreurs de diagnostic. Les relations trouvées dans les dossiers montrent que les erreurs d’antibiothérapies étaient significativement liées au nombre d’années d’expérience du clinicien. La relation était négative.
Après: Afin de mettre en avant les erreurs diagnostiques, des experts ont analysés et interprétés chaque dossiers en utilisant le même protocole. Les résultats suggèrent que les erreurs d’antibiothérapie sont négativement corrélées au nombre d’années d’expérience du clinicien.


Edition de contenu

 
Le travail est ici beaucoup plus intense. L’éditeur se chargera d’ajouter des informations oubliées ou de réécrire certaines parties du texte. L’éditeur fait ainsi partie de la création du texte, en plus de prodiguer des corrections à celui-ci.

Les étapes à suivre

Pratiquez, pratiquez, pratiquez !

Essayez d’écrire chaque jours quelques minutes pour qu’appliquer les techniques de bonne écriture devienne seconde nature. L’écriture est un talent acquis : avec un peu d’entraînement, les bonnes habitudes vont se former.

Un langage clair

Pour que votre texte soit clair, pensez à ce que vous diriez à un novice qui souhaite découvrir votre recherche. Si vous usez de trop de votre latin, vous risquez de perdre votre interlocuteur ! En vous entraînant à parler de votre recherche autour de vous, vous allez naturellement simplifier l’expression de votre pensée. Cet exercice vous aidera à nettoyer votre vocabulaire et rendre votre message plus direct. Votre texte aura l’air moins étoffé au départ, mais le travail d’édition viendra lui redonner de la couleur. Nous parlerons plus tard des techniques à appliquer. Tout d’abord, au moment de l’écriture de votre brouillon, dites ce que vous avez à dire le plus simplement possible.

Il est interdit d’ennuyer !

Un autre conseil, qui peut paraître absurde, est d’absolument s’interdire d’ennuyer. S’il faut au lecteur trois tasses de café pour se motiver à lire votre papier, vous avez fait quelque chose de faux. Il faut qu’activement, vous essayez de rendre votre texte intéressant. Vous connaissez votre sujet, votre aise et passion doivent se refléter dans vos écrits. C’est important et nous sommes tous concernés. Qui ne s’est jamais retrouvé devant une pile de journaux « à lire », désespéré par la tâche qui l’attend -et parfois même si le sujet est intéressant ou important- ? La raison de ce sentiment et simple, la plupart de ces textes sont inutilement compliqués et longs. Le but : pas vous, pas votre travail ! Il est tout à fait possible d’écrire un texte (même sur un sujet spécialisé), sans que cela ne cause de symptômes dépressifs chez le lecteur. Un sujet compliqué ne nécessite pas un texte compliqué (au contraire). Même si votre cible est un public entièrement initié, ils n’en restent pas moins humains, pensez à eux ! 

Commencez par un brouillon (et vite)

Souvent, les écrivains novices bâclent la révision de leur texte car ils ont passé trop de temps sur leur première version à peaufiner le langage. Faites l’inverse, écrivez votre brouillon très rapidement. Ne vous prenez pas la tête, dites les choses simplement. Dépêchez-vous d’avoir le message principal sur papier et rappelez-vous que l’étape à venir est chronophage et primordiale : avec votre première version en main, vous allez maintenant pouvoir donner de la texture et de la vie à votre écrit, couche après couche, révision après révision. 

La révision

Soyez un éditeur sans scrupule. A ce stade, soyez cruels avec vos mots. N’hésitez pas à enlever des phrases entières, et beaucoup. Enlevez même celles qui ne semblent pas alourdir votre texte, puis relisez-vous (à voix haute c’est toujours mieux) et voyez si votre message passe plus simplement (vive ctrl + z quand la réponse est non). Votre texte gagnera ici en clarté et en élégance. Parfois il faut se faire violence, effacer son propre travail peut être difficile. Rappelez-vous que c’est où la magie opère et si cela ne suffit pas, faites appel à un éditeur (un ami, un professeur ou un professionnel). Un oeil neuf vous aidera à rapidement identifier ce qui bloque dans votre texte (ce qui est ennuyant ou incompréhensible). Astuce : trouvez quelqu’un d’honnête !

Principes de bonne écriture : exemple 1

Tout auteur connait le sentiment d’avoir tellement relu son texte que le sens de ses propres phrases lui échappe, qu’il devient aveugle à ses propres mots. L’antidote ? Quelques astuces simples pour ne pas se perdre, maintenir un style d’écriture accessible ou simplifier son propos.

Rentrons dans le vif du sujet en illustrant quelques principes de bonne –ou moins bonne– écriture. Notre premier exemple vient d’un article paru dans le « American Journal of Clinical Nutrition » mais je ne souhaite pointer le doigt ni vers le journal, ni vers les auteurs de l’article. Des exemples comme celui-ci se retrouvent à travers toute la littérature scientifique et n’épargnent presque aucun journal. Au fur et à mesure de votre apprentissage, vous commencerez à identifier les faiblesses et forces de phrases comme celle-ci : 

« As a result of fat adaptation, increased intramuscular triacylglycerol levels indicate increased fat synthesis over degradation during the rest periods between exercise bouts. »

En français : « En résultat de l’adaptation au gras, l’augmentation du niveau de triacylglycérol intra-musculaire indique une augmentation de la synthèse sur la dégradation du gras durant le repos entre les périodes d’exercice. »

Vous pouvez apprécier (même sans être éditeur professionnel) que la tournure de cette phrase ne facilite pas sa lecture. En règle générale, si vous-vous demandez ce que l’auteur a (bien) voulu dire, c’est que son texte pourrait être mieux structuré. 

En quelques étapes, voici comment simplifier le message en conservant son sens : 

1. Utiliser des verbes à la place des noms : les verbes font avancer les phrases; les noms ralentissent le lecteur

La phrase est remplie de noms qui pourraient être des verbes : « adaptation », « augmentation », « synthèse » et « dégradation » deviennent « adapter », « augmenter, « synthétiser » et « dégrader ». L’objectif du verbe est de faire avancer le lecteur dans le texte, il raconte l’histoire de son sujet. Le verbe indique ce que le sujet est ou fait, c’est une structure active. Le nom superpose une description à ce que le sujet est ou fait, c’est une structure passive. Préférez les verbes aux noms, de bons verbes apportent de l’élan à la phrase et facilitent le cheminement dans le texte. 

AdaptationEn résultat de l’adaptation au grasadapter
Augmentationl’augmentation du niveau de triacylglycérol…augmenter
Synthèse…indique une augmentation de la synthèse …synthétiser
DégradationSur la dégradation du gras…dégrader

Pour un peu d’inspiration en plus, d’autres exemples de verbes forts :

AnalyserNous avons fait une analyse de la situation.Nous avons analysé la situation.
ContredireNos résultats sont contraires à ceux de précédentes études.Nos résultats contredisent les études précédentes.
AméliorerCe protocole représente une amélioration de la prise en charge.Ce protocole améliore la prise en charge.
RésumerLe Tableau 1 présente un résumé des données.Le Tableau 1 résume les données.

— Astuce : gardez l’œil ouvert pour les noms en -tion —

2. Attribuer les bons sujets à vos nouveaux verbes. 

Une fois vos verbes identifiés, l’action de votre phrase est établie. Il s’agit maintenant de comprendre qui en est l’acteur. Entrainez-vous en vous posant les question : Qui adapte? Qui augmente ? Qui synthétise ? Qui dégrade ? Parfois, à cette étape, l’éditeur se rendra compte qu’il ignore quels sont les sujets de ses verbes. Certaines tournures de phrase peuvent cacher des données manquantes : si vous ne parvenez pas à répondre à ces questions, c’est le signe qu’il reste des points à approfondir avant de vous remettre à l’édition.

Pour l’édition de cette phrase, je propose trois sujets potentiels : 

  • Les sujets de l’expérience
  • Le corps des sujets de l’expérience
  • Le corps (tout court… en partant du principe qu’on peut appliquer cette expérience à la population générale)

Alors que les premiers sujets sont plutôt spécifiques, le dernier est très général et ne peut être choisi que si l’expérience prouve quelque chose de « tous les corps ». C’est beaucoup en demander à la science! J’ai préféré choisir le sujet 2. Même s’il n’apparait pas tel quel dans la version finale, choisir un bon sujet permet d’améliorer votre compréhension de la phrase durant l’édition. Ici, j’utiliserai le mot « corps » pour inférer « corps des sujets de l’expérience », par simplification. Tant que la phrase garde son sens, je préfère le style le plus simple.

3. Disséquer la phrase pour retenir l’essentiel 

Nous avons nos verbes et notre sujet. Le sujet va nous aider à structurer la phrase, mais nous devons encore lui trouver une place. Comme je trouvais le propos de départ peu clair, je l’ai séparé en arguments principaux.

  • Il y a une adaptation au gras … donc…
  • pendant les périodes de repos, il y a plus de synthèse que de dégradation du gras … et on sait ça parce que … 
  • il y a plus de graisse intra-musculaire

4. Eliminer le jargon

J’ai choisi de remplacer “triagylcérol intra-musculaire » par « graisse intra-musculaire ». Posez-vous la question honnêtement : est-ce que ce terme est nécessaire ? Sans aucun doute, il apporte un certain niveau de détail, mais s’il existe un mot plus simple préférez celui-ci (même si votre public n’est composé que de spécialistes). Rappelez-vous toujours que le but est que votre message soit compris. Le jargon risque d’obstruer sa valeur scientifique. Allégez votre texte sans soustraire à son sens, autant que faire se peut.

5. Introduire les sujets

  1. Le corps s’adapte au gras… pas génial, on dira : le cops s’adapte à un régime haut en graisse … donc…
  2. il synthétise plus de graisse qu’il n’en dégrade durant le repos entre les périodes d’exercice… et on sait ça parce que…
  3. il augmente le stockage des graisses dans les muscles

J’ai réarrangé l’ordre de la phrase pour qu’elle soit plus facile à lire et ai obtenu : 

The body adapted to a high fat intake: it increased fat storage in muscles and, during rest between bouts of exercise, synthesised fat faster than degraded it.

Le corps s’est adapté à un régime haut en graisse : il a augmenté son stockage dans les muscles et, durant le repos entre les périodes d’exercice physique, il a synthétisé la graisse plus rapidement qu’il ne l’a dégradé.

Le message apparait plus simple et plus clair. 

D’autres idées pour l’édition de cette phrase ? Envoyez-moi vos exemples et on en discute !

La voix active, la voix passive

Dans l’exemple précédent, la phrase finale est au passé, car l’expérience s’est déjà déroulée et nous estimons qu’il n’y a pas de preuves suffisantes à ce stade pour en inférer quelque chose de tous les corps (ce qui demanderait alors le présent). Faites attention aux temps de vos verbes, ils peuvent changer le sens subtil de votre message.

Cet article explore le temps des verbes sur un autre angle, en regardant la structure même de la phrase ; ce qui lui donne une voix passive ou active et pourquoi c’est important de comprendre la différence. 

Posez la question par qui/par qui/quoi/par quoi ?

Vous êtes forcément tombés, au cours de vos lectures, sur des phrases passives. Si on n’y prête pas attention, elles peuvent d’ailleurs passer inaperçues. Elles sont construites de telle manière que le protagoniste du propos puisse rester vague. Lorsqu’il en est ainsi, on peut les reconnaitre car elles nous poussent à la question « par qui ? » ou « par quoi ? ».  Cela est possible car la voix passive inverse la structure de la phrase. Si quelqu’un vous disait : « le chien a été promené par moi », vous entendriez tout de suite que la phrase est étrange. Elle met ce sur quoi l’action est faite (« le chien »), en première place et celui qui génère l’action (« je » ou « moi ») en fin de phrase – ou pas du tout -. Dans la structure passive, ce qui génère l’action peut être complètement effacé de la phrase, ce qui donne « le chien a été promené ». La phrase nous laisse un peu sur notre faim, elle est ambigüe.

De préférence, écrivez avec la voix active. La voix active structure la phrase de telle sorte : Emetteur (ce qui fait l’action) – verbe (indicateur de l’action) – receveur (celui qui reçoit l’action). Pour reprendre notre exemple : « j’ai promené le chien ». C’est la façon la plus naturelle de transmettre un message et la manière dont vous le communiqueriez à quelqu’un à l’oral. Ce qui fait l’action (l’émetteur : je) est situé avant le verbe. Ce sur quoi l’action est faite (le receveur : le chien) est situé après le verbe. Tout le monde comprend, à la lecture de cette phrase, qui exécute l’action.

Cet exemple peut paraître anecdotique car le sens profond de la phrase n’a pas été modifié, mais le risque des tournures passives est que la perte d’information contribue à amoindrir notre rigueur scientifique. Dire « l’expérience a été menée de telle façon », une tournure passive, n’a pas les mêmes implications que de dire « nous avons mené l’expérience de telle façon ». Dans la voix passive, l’émetteur se place à la fin de la phrase. Il est donc « agis sur » et non plus « agissant », ce qui fragilise le propos. Dans la voix passive, au contraire, l’émetteur est détenteur de l’action, ce qui dynamise la phrase.

Observez le temps des verbes

Une fois avoir appris à quoi faire attention, vous pourrez facilement repérer la voix passive. Le verbe se compose de « être » et d’un participe passé, en anglais : to be + participe passé (-ed, généralement). Le verbe est toujours associé à un objet (le receveur). Pour le définir, on se pose la question « quoi ? « de quoi? »; « qui? » ou « de qui? ». Par exemple, la phrase « je promène le chien » a comme objet « chien » (si je peux me le permettre : je promène qui? Le chien.) et peut donc se transformer en voix passive « le chien a été promené ». Ce n’est pas toujours possible car certaines phrases n’ont pas d’objet. La phrase « Je suis allée en ville » en est un exemple : « je suis allée » ne prend pas d’objet. Il serait étrange de poser la question « je suis allée de quoi ? », il est donc impossible de tourner cette phrase en voix passive.

Quand utiliser la voix passive ?

Parfois, la voix passive apporte des subtilités dans le message et son style : 

  1. Elle peut servir à réduire l’intention de l’émetteur.  Dire « j’ai été promenée par le chien » sous-entend une moindre volonté du chien à me promener spécifiquement que de dire « le chien m’a promené » (il m’a promené sans vraiment le vouloir, guidé par d’autres priorités). Il en va de même pour la phrase « j’ai été poussée par le vent ».
  2. Elle peut mettre sur le receveur l’emphase de la phrase. Par exemple, « j’ai été agressée par un voleur », permet de mettre en avant « je » comme sujet du propos à la place de « voleur ». 
  3. Elle permet de parler de sujet où l’émetteur n’est pas indentifiable. Dire, « j’ai été agressée » permet de parler de son agression sans mentionner qui l’a faite. Attention, ne pas savoir qui est l’émetteur en recherche peut vouloir dire que le travail de l’écriture doit être appronfondi.

Ne corrigez pas aveuglément toutes constructions passives, cela pourrait être au détriment de l’intention de l’écrivain, mais quand le style ou le sens n’en souffrent pas, utilisez la voix active, comme nous en avons déjà parlé.

La pratique, il n’y a que ça de vrai !

Rentrons maintenant dans le vif du sujet en éditant une phrase à la voix initiallement passive. J’ai repéré l’exemple suivant au hasard de mes lectures et vous en verrez aussi partout, maintenant que vous savez! La pratique est très commune.

En anglais, la phrase se lit : « It was noted from this Western Australian cohort of women that it was not possible for clinicians to pre-determine supportive care needs based on the type of gynaecological cancer diagnosed. »

Sa traduction française est : Il a été noté de cette cohorte de femme d’Australie de l’ouest qu’il n’était pas possible pour les cliniciens de prédéterminer les besoins en soin de support en se basant sur le type de cancer gynécologique diagnostiqué.

Commençons par démonter la phrase pour la rendre plus compréhensible :

It was noted (…)  — Votre premier indice d’éditeur-Sherlock-du-mot-en-trop, est que la phrase commence par « it » (il), qui (utilisé sans dénommer quelqu’un de précis) est un sujet faible. Le sujet (it) est ambigu et le verbe indique une voix passive. Le nouveau sujet pourrait être « une équipe » par exemple, ou « des chercheurs », ou Dr.X et nous permettrait de tourner ce début de phrase en phrase active, mais restons patients pour le moment. Une phrase qui commence par « des chercheurs ont noté que » est active, mais très occupée en mots. L’édition doit rendre la lecture plus simple, ce qui n’est pas le cas ici. La phrase devra encore être modifiée (nous y reviendrons).

(…) from this Western Austranian cohort of Woman — Puisque les auteurs l’appellent « this cohort », nous savons qu’ils ont font déjà référence plus haut dans le texte.

(…) that it was not possible for clinicians to pre-determine supportive care based on the type of gynaecological cancer diagnosed. — Nous retrouvons notre sujet en « it », flou, que nous remplacerons par « the clinicians ».

Un passage à la débrousailleuse de l’édition permet à la phrase de ressembler à cela : 

According to data from the same cohort (Western Australian cohort of woman), supportive care needs are impossible to predict based on the type of gynaecological cancer diagnosed.

D’après les données de la même cohorte (cohorte des femmes d’Australie de l’ouest), les besoins en soin de support sont impossibles à prévoir en se basant sur le type de cancer gynécologique diagnostiqué.

J’ai opté pour une phrase plus compacte, avec moins de mots et plus directe. Le sujet « les chercheurs » alourdissait trop la phrase sans y ajouter du sens. J’ai donc remis le mot « cohorte » en premier plan. J’ai aussi changé la dernière partie de la phrase, « Il was not possible for clinicians » peut être dit avec moins de mots et un meilleur sujet : « clinicians could not ». Le problème, avec « clinicians » comme sujet, est qu’ils ne sont pas vraiment les héros de cette histoire. Son message principal, son intention, est de dire quelque chose de l’évaluation des besoins en soin de support. Pour cette raison, en seconde partie de phrase, le sujet est devenu « supportive care needs ».

« Comment écrire une thèse » : Synthèse

Vous trouvez tout cela trop long à lire? Il y a trop à retenir? Il est temps d’une synthèse.

En fouinant dans mes dossiers, je suis tombée sur un ouvrage que je considère clé concernant l’écriture universitaire et scientifique. Parcourir les pages de « Comment écrire une thèse » m’a donné envie de partager avec vous l’approche de son auteur, Umberto Echo.

Beaucoup connaissent le nom d’Umberto Eco grâce à sa nouvelle Le nom de la Rose -qui lui donna renommée internationale-; mais peu savent qu’en 1977 il publia un petit guide d’écriture pour ses étudiants. Je recommande chaudement ce pamphlet, facile à lire, toujours d’actualité et amusant.  Ce post se sert des conseils qui y sont livrés pour vous donner une synthèse des principaux points abordés jusqu’alors.

1* Ne pas écrire de longes phrases. Les phrases plus petites sont plus simples à comprendre. Si seulement de longues phrases vous viennent à l’esprit, ainsi soit-il. Ecrivez-les dans votre brouillon et accourcirez-les par la suite.

2* N’hésitez pas à répéter le sujet plusieurs fois. Dans certains textes, le sujet se perd (soit dans des phrases trop longues, soit parce qu’il change en milieu de paragraphe). Répétez votre sujet toujours de la même manière, pour que le lecteur comprenne que vous faites référence à la même chose. Votre texte n’est ni un roman, ni de la poésie. Votre message est ce qu’il y a de principal, non la beauté de votre prose.

3* Ne mettez pas trop de pronoms.

4* Commencez souvent de nouveaux paragraphes. Vraiment souvent. Pour de vrai. Les gros blocs sont désagréables à lire.

5* Ecrire tout ce qui vous passe par l’esprit sur un premier brouillon (pour ne pas vous bloquer), puis faites le tri… massivement. Faites attention à enlever toutes digression afin de rester cibler sur le sujet de votre étude. L’étendue de vos connaissances annexes n’est pas le sujet de votre travail. Si des points vous semblent importants, mais qu’ils ne sont pas directement liés à vos hypothèses, vous mettrez (temporairement ?) en appendis.

6* Demandez à votre professeur de relire votre travail bien en amont de la date de rendu. Sa réaction et ses remarques vous aideront à améliorer votre écrit. Si votre professeur n’est pas disponible, un ami (ou un éditeur) est aussi une bonne option.

7* Nul besoin de commencer par le premier chapitre. Si vous êtes plus à l’aise sur une autre partie de votre travail, commencez par celle-ci. Vous gagnerez en confiance.

8* N’utilisez pas (trop) de langage figuratif. Les métaphores, comparaisons, onomatopées, ironies et autres peuvent être utiles (ou amusantes) mais, parce que votre texte doit être clair, préférez un langage référentiel, c’est-à-dire qui peut être reconnu de tous car toutes choses y sont appelées de leur nom le plus commun.

9* N’utilisez (presque) pas de points d’exclamations. Vous pouvez exceptionnellement utiliser des points d’exclamation pour souligner quelque chose de primordial. Dans une phrase telle que : « Attention, mélanger les substances X et Y génère des explosions ! » son usage serait justifié mais, le plus souvent, changer les points d’exclamations en simples points, rend le texte plus approprié et agréable à lire.

10* Définissez toujours les termes que vous utilisez pour la première fois. Si vous ne connaissez pas la définition du terme ne l’utilisez pas.