Dans l’exemple précédent, la phrase finale est au passé, car l’expérience s’est déjà déroulée et nous estimons qu’il n’y a pas de preuves suffisantes à ce stade pour en inférer quelque chose de tous les corps (ce qui demanderait alors le présent). Faites attention aux temps de vos verbes, ils peuvent changer le sens subtil de votre message.
Cet article explore le temps des verbes sur un autre angle, en regardant la structure même de la phrase ; ce qui lui donne une voix passive ou active et pourquoi c’est important de comprendre la différence.
Posez la question par qui/par qui/quoi/par quoi ?
Vous êtes forcément tombés, au cours de vos lectures, sur des phrases passives. Si on n’y prête pas attention, elles peuvent d’ailleurs passer inaperçues. Elles sont construites de telle manière que le protagoniste du propos puisse rester vague. Lorsqu’il en est ainsi, on peut les reconnaitre car elles nous poussent à la question « par qui ? » ou « par quoi ? ». Cela est possible car la voix passive inverse la structure de la phrase. Si quelqu’un vous disait : « le chien a été promené par moi », vous entendriez tout de suite que la phrase est étrange. Elle met ce sur quoi l’action est faite (« le chien »), en première place et celui qui génère l’action (« je » ou « moi ») en fin de phrase – ou pas du tout -. Dans la structure passive, ce qui génère l’action peut être complètement effacé de la phrase, ce qui donne « le chien a été promené ». La phrase nous laisse un peu sur notre faim, elle est ambigüe.
De préférence, écrivez avec la voix active. La voix active structure la phrase de telle sorte : Emetteur (ce qui fait l’action) – verbe (indicateur de l’action) – receveur (celui qui reçoit l’action). Pour reprendre notre exemple : « j’ai promené le chien ». C’est la façon la plus naturelle de transmettre un message et la manière dont vous le communiqueriez à quelqu’un à l’oral. Ce qui fait l’action (l’émetteur : je) est situé avant le verbe. Ce sur quoi l’action est faite (le receveur : le chien) est situé après le verbe. Tout le monde comprend, à la lecture de cette phrase, qui exécute l’action.
Cet exemple peut paraître anecdotique car le sens profond de la phrase n’a pas été modifié, mais le risque des tournures passives est que la perte d’information contribue à amoindrir notre rigueur scientifique. Dire « l’expérience a été menée de telle façon », une tournure passive, n’a pas les mêmes implications que de dire « nous avons mené l’expérience de telle façon ». Dans la voix passive, l’émetteur se place à la fin de la phrase. Il est donc « agis sur » et non plus « agissant », ce qui fragilise le propos. Dans la voix passive, au contraire, l’émetteur est détenteur de l’action, ce qui dynamise la phrase.
Observez le temps des verbes
Une fois avoir appris à quoi faire attention, vous pourrez facilement repérer la voix passive. Le verbe se compose de « être » et d’un participe passé, en anglais : to be + participe passé (-ed, généralement). Le verbe est toujours associé à un objet (le receveur). Pour le définir, on se pose la question « quoi ? « de quoi? »; « qui? » ou « de qui? ». Par exemple, la phrase « je promène le chien » a comme objet « chien » (si je peux me le permettre : je promène qui? Le chien.) et peut donc se transformer en voix passive « le chien a été promené ». Ce n’est pas toujours possible car certaines phrases n’ont pas d’objet. La phrase « Je suis allée en ville » en est un exemple : « je suis allée » ne prend pas d’objet. Il serait étrange de poser la question « je suis allée de quoi ? », il est donc impossible de tourner cette phrase en voix passive.
Quand utiliser la voix passive ?
Parfois, la voix passive apporte des subtilités dans le message et son style :
- Elle peut servir à réduire l’intention de l’émetteur. Dire « j’ai été promenée par le chien » sous-entend une moindre volonté du chien à me promener spécifiquement que de dire « le chien m’a promené » (il m’a promené sans vraiment le vouloir, guidé par d’autres priorités). Il en va de même pour la phrase « j’ai été poussée par le vent ».
- Elle peut mettre sur le receveur l’emphase de la phrase. Par exemple, « j’ai été agressée par un voleur », permet de mettre en avant « je » comme sujet du propos à la place de « voleur ».
- Elle permet de parler de sujet où l’émetteur n’est pas indentifiable. Dire, « j’ai été agressée » permet de parler de son agression sans mentionner qui l’a faite. Attention, ne pas savoir qui est l’émetteur en recherche peut vouloir dire que le travail de l’écriture doit être appronfondi.
Ne corrigez pas aveuglément toutes constructions passives, cela pourrait être au détriment de l’intention de l’écrivain, mais quand le style ou le sens n’en souffrent pas, utilisez la voix active, comme nous en avons déjà parlé.
La pratique, il n’y a que ça de vrai !
Rentrons maintenant dans le vif du sujet en éditant une phrase à la voix initiallement passive. J’ai repéré l’exemple suivant au hasard de mes lectures et vous en verrez aussi partout, maintenant que vous savez! La pratique est très commune.
En anglais, la phrase se lit : « It was noted from this Western Australian cohort of women that it was not possible for clinicians to pre-determine supportive care needs based on the type of gynaecological cancer diagnosed. »
Sa traduction française est : Il a été noté de cette cohorte de femme d’Australie de l’ouest qu’il n’était pas possible pour les cliniciens de prédéterminer les besoins en soin de support en se basant sur le type de cancer gynécologique diagnostiqué.
Commençons par démonter la phrase pour la rendre plus compréhensible :
It was noted (…) — Votre premier indice d’éditeur-Sherlock-du-mot-en-trop, est que la phrase commence par « it » (il), qui (utilisé sans dénommer quelqu’un de précis) est un sujet faible. Le sujet (it) est ambigu et le verbe indique une voix passive. Le nouveau sujet pourrait être « une équipe » par exemple, ou « des chercheurs », ou Dr.X et nous permettrait de tourner ce début de phrase en phrase active, mais restons patients pour le moment. Une phrase qui commence par « des chercheurs ont noté que » est active, mais très occupée en mots. L’édition doit rendre la lecture plus simple, ce qui n’est pas le cas ici. La phrase devra encore être modifiée (nous y reviendrons).
(…) from this Western Austranian cohort of Woman — Puisque les auteurs l’appellent « this cohort », nous savons qu’ils ont font déjà référence plus haut dans le texte.
(…) that it was not possible for clinicians to pre-determine supportive care based on the type of gynaecological cancer diagnosed. — Nous retrouvons notre sujet en « it », flou, que nous remplacerons par « the clinicians ».
Un passage à la débrousailleuse de l’édition permet à la phrase de ressembler à cela :
According to data from the same cohort (Western Australian cohort of woman), supportive care needs are impossible to predict based on the type of gynaecological cancer diagnosed.
D’après les données de la même cohorte (cohorte des femmes d’Australie de l’ouest), les besoins en soin de support sont impossibles à prévoir en se basant sur le type de cancer gynécologique diagnostiqué.
J’ai opté pour une phrase plus compacte, avec moins de mots et plus directe. Le sujet « les chercheurs » alourdissait trop la phrase sans y ajouter du sens. J’ai donc remis le mot « cohorte » en premier plan. J’ai aussi changé la dernière partie de la phrase, « Il was not possible for clinicians » peut être dit avec moins de mots et un meilleur sujet : « clinicians could not ». Le problème, avec « clinicians » comme sujet, est qu’ils ne sont pas vraiment les héros de cette histoire. Son message principal, son intention, est de dire quelque chose de l’évaluation des besoins en soin de support. Pour cette raison, en seconde partie de phrase, le sujet est devenu « supportive care needs ».